Les sentiers perdus |
Des photographies repères dans ma géographie mentale et sentimentale. Des “ego-balises” pour me retrouver avec ce qui n'existe plus que dans ma tête. |
Un paysage alpin, celui de la vallée dont je suis originaire. Un coin de montagne où j’ai passé mon enfance, “Le Casset”. Un lieu un peu hors du temps, un peu inaccessible. Le Valgaudemar est une vallée en cul de sac, étroite et profonde. Il faut lever haut les yeux pour voir le sommet des montagnes. La neige et le gel de l’hiver mordent la roche et la fragilisent au point de tomber des parois au début du printemps. Ces gros rochers se plantent dans la plaine comme par vengeance. Nous appelons cet eparpillement la casse, d’où le nom du village “Le casset”
Ces rochers furent mes terrains de jeux. Un jour, ils étaient le Sirac, le sommet que l’on devine au fond de la vallée, que nous gravissions en imitant l’alpiniste Lionel Terray. Ce montagnard était le héros de mon père, je porte son prénom. Un autre jour, ils étaient les tables de roi sur lesquelles nous dressions notre “goustarou”, le goûter en patois local. Aujourd’hui, ils sont les dossiers sur lesquels je m’appuie pour écouter et regarder la cascade. Elle n’est pas visible sur la photo. Une cascade haute de 100 mètres. Voile de glace en hiver, brumisateur naturel l’été, elle est notre petite fierté. Un don de notre bienveillante montagne, la même qui épargne nos maisons lorsqu’elle lâche ses gros cailloux vers la plaine. Là bas, il pleut de l’eau et des pierres, ça forge un mauvais caractère …
Source de la photo : margotte05